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  • La Corse et Trump

    La politique est de manière générale un sujet éviter avec ses collègues. J'en ai encore fait l'expérience la semaine dernière, dans le cadre d'un incentive pourtant très fun à Bastia. Sans réfléchir, j'en suis venu à parler des primaires américaines avec mes collègues. Et ce qui est clairement ressorti, c'est que j'aurais mieux fait de me casser une jambe plutôt que d'aborder le sujet ! Il me semble que les primaires américaines n'ont jamais n'ont jamais fait autant de remous en Europe. Evidemment, Donald Trump y est pour beaucoup. Ce milliardaire outrancier est une énigme à lui seul. Mais la véritable énigme réside dans le fait qu'il arrive à convaincre. Et ce, même en France ! J'ai été frappé de m'apercevoir que parmi mes collègues, bon nombre encourageaient ce grand malade ! Le raisonnement sur lequel ils s'appuyaient m'a paru complètement délirant. L'idée était que si Trump était élu, les Etats-Unis basculeraient dans le chaos, et cela serait une chance pour l'ensemble du monde de sortir de l'ombre de l'oncle Sam. Sauf que ce raisonnement est, à bien y réfléchir, inepte. Avec la mondialisation, le monde est devenu un jeu de dominos. Si les Etats-Unis font entrer un fou à la Maison Blanche, cela aboutira à rendrele monde fou. Les discours de Trump sont par exemple utilisés pour la propagande de Daech, parce qu'il se nourrit de la dissension entre les communautés. Ce n'est en rien une chance pour la France : c'est un risque de déstabilisation à l'échelle mondiale. En fait, ce sont toutes ces élections qui dégagent une sale odeur. Chez les démocrates, Hillary Clinton, qui veut poursuivre dans la ligne d'Obama, peine à s'imposer. Les difficultés qu'elle rencontre démontrent un problème de fond. Ce qui se passe aux Etats-Unis est d'autant plus inquiétant que cela se passe à plus grande échelle. Un peu partout en Europe, les populistes font leur nid, élections après élections. Et s'il est difficile de savoir où tout cela nous mène, je suis persuadé que ce qui en résultera ne nous plaira pas ! De grands mouvements sont à l'oeuvre, qui vont modifier la face du monde dans les prochaines années, et peut-être même avant la fin de l'année. En tout cas, au vu convictions de mes collègues, ce sont cette fois les activités que j'ai préférées durant cet incentive. D'ailleurs, je vous mets le lien vers l'agence qui s'en est occupée. J'ai bien apprécié leur sérieux et leur enthousiasme. A lire sur le site internet de cette expérience incentive en Corse.

  • L’oxymore

    Emmanuel Macron est le roi de l'oxymore, cette disposition de la pensée qui allie deux mots a priori incompatibles. “Et de droite et de gauche” est même devenu l’emblème de son positionnement politique. Tout, chez le nouveau président, se décline sur ce mode. Faites le test. Son entrée en fonction au pied de la pyramide du Louvre a rappelé les fastes de la “monarchie républicaine”. Sa toute récente visite aux chantiers navals STX nous a fait savoir qu’il est “un libéral qui croit en l’État”. Sa mesure phare sur la CSG (Cotisation sociale généralisée) “est une hausse qui est aussi une baisse”, puisque le relèvement du taux sera compensé par une diminution de cotisations sur les feuilles de paie. C’est le gouvernement par l’oxymore. Pragmatisme contre lutte des classes Peut-on gouverner durablement sur de telles bases ? N’est-ce que de la pure communication ? Dans ‘Le Prince’, Nicolas Machiavel a oublié de répertorier ce type de catégorie politique. De là vient un trouble diffus. Najat Vallaud-Belkacem, l’ancienne ministre PS de l’Éducation nationale, l’exprime ainsi dans ‘Le Monde’ : “rejoindre En marche revient à diluer des combats politiques cruciaux dans un consensus de façade qui n’a jamais fait progresser la société”. Le pouvoir élyséen est attendu de pied ferme par la cohorte de tous ceux qui privilégient la lutte des classes face au pragmatisme. Seuls des actes concrets et réussis pourront combattre des décennies de réflexes politiques. Ce n’est pas tout, traquer la rente au nom de la marche en avant heurte des intérêts catégoriels. Au premier tour de la présidentielle, un électeur sur deux a voté contre une société en mouvement. Il reste à convaincre cet électeur qu’il ne sera pas à nouveau la victime de la transformation économique annoncée. “Le pouvoir élyséen est attendu de pied ferme par la cohorte de tous ceux qui privilégient la lutte des classes face au pragmatisme” Ce ne sera pas aisé, malgré un alignement des planètes qui donne un peu d’oxygène, et malgré un esprit "oxymore" censé favoriser la paix sociale par l’alliance des contraires. Ce le sera d’autant moins que l’horreur économique est toujours devant nous. Des torrents d’endettement n’arrivent plus à masquer l’incapacité du pays à maintenir le niveau de protection sociale de sa population. Un diagnostic ignoré sur tous les bancs du spectre électoral. Alors qu’un consensus sur cette vérité-là serait particulièrement nécessaire pour gérer en bon ordre le redressement par les réformes. Comment le chef de l’État va-t-il s’y prendre ? Le sans-faute médiatique a d’abord concerné les affaires diplomatiques. Emmanuel Macron a ensuite poussé son avantage, le 31 mai à Nantes, devant les salariés de STX en procédant à une défense et illustration de sa méthode. Florilège : “L’avenir industriel, ce sera de produire l’excellence du XXIe siècle, c’est pour cela que nous devons conduire une vraie politique de compétitivité” ; “Je crois à une politique industrielle forte et à la nécessité d’investir pour construire ce destin industriel”. Ce sont deux engagements au cœur de la stratégie présidentielle. Le premier correspond au vigoureux desserrement des contraintes du marché du travail qui concerne aussi bien les horaires que les salaires. Le second se traduit par un programme de 10 milliards d’euros d’investissement public par an, dont 3 milliards réservés à la formation professionnelle. Si les ex-Chantiers de l’Atlantique ont survécu, a souligné le président, c’est parce que le personnel a accepté – avec l’appui des syndicats réformistes – la souplesse du chômage technique pour la période sans carnet de commandes. Le message est transparent : rien de tel pour s’en sortir que la négociation dans l’entreprise étendue aux dimensions de la France. Après débat devant l’opinion publique et syndicale puis au Parlement en juillet, les ordonnances sur le travail en donneront les contours.