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Le retard des avocats français en matière de lobbying

Le terme lobbying, expression universelle, colporte aujourd'hui encore l'image d'une activité frisant la compromission : le Robert Collins ou le Harrap's Shorter ne mentionnent-ils pas sous ce terme les « manœuvres» ou « intrigues de couloir»? Cette connotation remonte aux origines du terme : le « lobbying» vient du mot lobby et désigne les lieux de passage des parlementaires allant débattre et voter. L'image du lobbying est donc celle de ces arpenteurs de vestibules, tâchant d'influencer au vol quelque parlementaire, en dehors des lieux officiels de débat. « À Bruxelles, le lobbyiste a pignon sur rue, alors qu'en France, il se pratique en catimini, un soir de pleine lune dans un restaurant parisien», déclarait le parlementaire européen G. Savary à propos de cette activité de lobbying qui, récemment, n'a pourtant pas cessé de mobiliser entreprises, institutions et avocats. Or, le contenu de l'activité de lobbying est en réalité bien distinct de l'image que son appellation évoque. Dans la mesure où les capacités que le lobbying requiert rappellent largement celles de l'avocat, cette fonction semblerait pouvoir, à condition de présenter pleinement ses réels attraits, s'inscrire naturellement au nombre des missions de ce dernier. Mais du fait du déficit d'image du lobbying en France et de la différence de perception qu'en ont les avocats des pays anglo-saxons, les avocats français sont en retard dans ce domaine. D'une manière générale, la culture et la pratique françaises du lobbying sont moins mûres que celles des pays anglo-saxons. Ce qui manque cependant aux avocats français, aux dires des spécialistes du lobbying, c'est une réflexion véritablement européenne pour faire avancer les intérêts de leurs clients français. Pour emporter l'avis de la Commission européenne dans un dossier, il est souvent nécessaire de provoquer des réactions dans les États membres et donc d'avoir une stratégie véritablement européenne pour faire avancer des intérêts qui peuvent n'être que français. Ainsi, en matière agricole, des batailles franco-françaises peuvent se gagner en mettant en avant les implications que pourrait avoir la décision de la Commission en Espagne et en Italie. Il y a également une habitude française consistant à attendre une intervention de l'État pour défendre des intérêts privés au lieu de commencer par se défendre soi-même. Quand l'avocat lobbyiste français entre en action, il est souvent trop tard pour peser sur des décisions déjà prises. Enfin, les autres lobbyistes européens constatent que les français cherchent souvent à viser trop haut dans la hiérarchie des décisionnaires. En ne voulant parler qu'aux seuls responsables, les avocats français négligent les fonctionnaires opérationnels ou les comités techniques alors que ces derniers sont très importants dans le processus décisionnel. 235.19 Association des avocats lobbyistes (AAL). Conscients de l'importance des enjeux du lobbying et du rôle que peuvent y jouer les avocats, des cabinets se sont groupés pour promouvoir et expliquer cette activité. Ainsi en juin 2011, les cabinets d'avocats Jeantet Associés, August & Debouzy, Granrut Avocats, Lexidia Société d'avocats et Vogel & Vogel ont créé la première association des avocats lobbyistes en France. Son objet est de promouvoir le rôle des avocats dans la représentation d'intérêts et de contribuer à la professionnalisation de cette activité. L'AAL souligne sa volonté de voir les avocats se positionner en coopération avec les lobbyistes professionnels, de promouvoir une méthodologie pour guider les avocats dans leurs initiatives de lobbying et de les aider à se revendiquer comme lobbyistes auprès de leurs clients.

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